Le temps des rencontres pour les créateurs invalides
C’est parce qu’ils n’ont pas toujours l’opportunité d’être invités sur les cimaises que les artistes handicapés vivent l’exposition du 1er HandiFestival comme un moment privilégié d’ échanges avec le public. Du 1er au 4 décembre 2007, la maison de la Culture Douta Seck sert ainsi de cadre à ceux qui disent non à la fatalité.
Mbagnick NGOM - Walfadjri - lundi 03 décembre 2007
Un détour à la salle ‘Alioune Diop’ de la Maison de la Culture permet de découvrir le fruit des ateliers de création d’une dizaine d’associations de personnes invalides. Elles animent du 1er au 4 courant l’exposition d’art du 1er Festival culturel des personnes handicapées. De la céramique au batik en passant par la poterie, la peinture sous verre, on y retrouve nombre de techniques d’expression mises en exergue par les animateurs de Handi-Ligguèye, Handi-Création, Handi-Eco, Handi-Défar bamou bakh, etc.
Visiblement séduit par le travail de ces créateurs, et directeur artistique de HandiFestival, le peintre Kalidou Kassé pense à promouvoir un atelier avec le céramiste Alpha Sow pour permettre à ces artistes de ‘mieux s’affirmer sur le plan de la créativité’. ‘C’est extraordinaire ce que l’on voit ici’, s’exclame-t-il. Avant d’ajouter : ‘Ce sont des choses à capitaliser’. Selon lui, de tels événements permettent à ces artistes ‘qui n’ont pas toujours la chance d’être invités sur les cimaises’ d’exposer et surtout de rencontrer un public.
Chargé de monter l’expo avec sa consœur Fatou Kiné Aw, le designer Khalifa Dieng note qu’’un 1er festival ne doit pas privilégier la sélection. La meilleure stratégie, c’est d’offrir une visibilité à tout le monde, sans encombrer l’espace’. ‘L’idée, ajoute Kiné Aw, est de montrer les œuvres d’artistes handicapés et de les amener à tenir une foire le temps du festival’. Cela permet ‘aux handicapés, qui disent non à la mendicité’, de créer un marché pour écouler leurs produits.
C’est à travers ces supports d’expression, remarque le lauréat du salon du design de la dernière Biennale de Dakar, que les invalides peuvent également porter plus haut leurs cris de guerre : accessibilité aux lieux publics et priorité dans les transports.
En outre, l’ouverture officielle du 1er HandiFestival, tenue ce samedi avec la remarquable participation de l’interprète en langage des signes Louis Nétto, aura permis aux porteurs du projet de revenir sur le sens de l’événement. Le président du comité d’organisation, Thiendella Fall, le lead vocal du groupe Xamlé, Vieux Guèye, et le président des associations des handicapés du Sénégal, Labah Cissé Diop, se sont succédé sur le présidium avec le même message : ce festival doit être un tremplin pour un développement socio-économique du pays. Ainsi, ces quatre jours de communion ‘offrent un cadre d’épanouissement aux jeunes talents et leur permettent de montrer ce dont ils sont capables’.
Les prestations servies ce samedi dans les jardins de la Maison de la culture auront séduit plus d’un hôte. Avec en vedette la troupe de Louga, les chanteurs Cheikh Ndiaye et Mohamed Faye (Fatick), Baye Kara (Tamba), Mansour Seck du Dandé Lénol, le rappeur Zipkha (Dakar) le reggaeman Linda Bav du Congo.
Le ministre de la Culture Mame Birame Diouf souligne que ce festival permet d’ ’apprécier l’engagement et l’imagination féconde’ des artistes souffrant de handicap. Aujourd’hui, le défi pour les autorités est d’accompagner les handicapés, promoteurs de ‘cette belle initiative, qui refusent de subir le destin’. Il importe, selon lui, de donner à ce festival toute la dimension qu’il requiert dans l’agenda culturel national.